Manager des mauvais, c’est quand même plus facile!

Nicolas Caron

Publié : 10 novembre 2008
Par :

16 commentaires

 

Le titre de ce billet m’a été soufflé par un « manager » rencontré la semaine passée… Merci à lui, il m’a inspiré cette petite histoire dont toute ressemblance avec la réalité ne serait évidemment pas fortuite du tout! Malheureusement.

Imaginons la situation suivante :

Vous avez deux enfants, frères jumeaux, qui ont le même caractère et les mêmes qualités. Ils viennent tous les deux d’obtenir le même diplôme et décident d’embrasser la même carrière commerciale dans la même entreprise avec le même enthousiasme.

Après quelques entretiens et tests de recrutements ils sont tous les deux retenus et très heureux de recevoir le même jour leur lettre d’embauche dans la même société. (évidemment vous pouvez imaginer qu’il s’agit d’une banque, d’une société de travail temporaire, d’une compagnie d’assurance, d’une SSII… quel que soit le secteur le principe est le même …)

Votre premier fils est affecté à l’agence du 17ème arrondissement, le deuxième à celle du 16ème. Jusque là tout va bien. Les agences se ressemblent, les marchés sont exactement les mêmes, les rémunérations identiques, les horaires semblables. Pour des jumeaux, c’est cool…

Quelques semaines s’écoulent…et vous constatez rapidement des divergences d’opinion. L’engagement de l’un pour son boulot contraste avec la distance prise par l’autre. Vous décidez de mener l’enquête !

  • Le premier est ravi, motivé comme au premier jour. Quand vous lui demandez ce qu’il apprécie dans son job il vous répond : C’est super, il y a une bonne ambiance, j’apprends plein de trucs, et j’ai un boss génial !
  • Et quand vous posez la même question au deuxième, la réponse est directe : Mon boss est un con, l’ambiance est nulle et je n’apprends rien…

Et voilà, en quelques mots, vos enfants viennent de vous rappeler le rôle essentiel du manager direct dans la motivation au travail. L’entreprise a beau être la même, le manager de proximité a un rôle fondamental, primordial, essentiel dans l’apprentissage, la progression et la motivation de ces jeunes recrues…

Vous décidez de ne pas en rester là ! Aller à la rencontre des deux managers concernés vous donnera sans doute un éclairage plus précis. Vous vous inventez donc une fausse identité et décidez de prendre rendez-vous avec ces deux managers pour leur demander leur avis sur le management des jeunes d’aujourd’hui !

Le bonheur ne suit pas la performance, il la précède!

Commençons par quelques extraits du dialogue avec le premier manager, celui que votre fils qualifie de génial

Vous : Je fais une enquête sur le management des jeunes générations. Beaucoup de managers disent que c’est difficile. Surtout avec les jeunes diplômés qui ont un excellent bagage. Qu’en pensez-vous ?

Lui : ???? Pardon ? Mais c’est génial d’avoir des jeunes dans l’équipe. Ils apportent du sang neuf, ils comprennent vite, et sont capables de développer une énergie incroyable.

Vous : Oui, mais quand même, la génération Y, c’est dur dur non ?

Lui : Pourquoi, vous me prenez pour la génération has been ? Vous savez, les principes de management sont toujours les mêmes, quelles que soient les générations.

Vous : Ah bon, alors si c’est si simple, vous pouvez me donner des exemples de recette miracle ?

Lui : Pas de miracle, juste du bon sens et quelques principes : Respect, exigence, reconnaissance.

Vous : Mais certains disent que cela ne sert à rien de s’impliquer, car de toutes façons ils zappent tout le temps, et s’ils sont doués, une fois formés ils s’en iront !…

Lui : Et alors ? S’ils doivent partir un jour, je préfère autant qu’ils partent meilleurs qu’ils ne sont arrivés. Ainsi, tout le monde sera gagnant. Pourquoi? Vous préfèreriez que je les rende plus mauvais pour qu’ils restent avec moi ?…

Vous : Non, non pas du tout, c’est simplement que d’autres n’ont pas fatalement le même raisonnement… Bon, allez je vous laisse. Si je reviens vous voir, vous pourrez m’expliquer dans le détail comment vous déclinez tout cela ?

Lui : Promis, revenez quand vous voulez.

Finalement vous êtes moins étonné par l’enthousiasme de votre fils pour ce manager. Vous aussi, vous aimeriez travailler avec lui. On sent qu’il prend du plaisir à faire grandir les gens. En partant, vous jetez un œil indiscret derrière son bureau. Une petite phrase encadrée attire votre attention :« Le bonheur ne suit pas la performance, il la précède ! »

Manager des mauvais, c’est plus simple !

Quelques minutes plus tard, vous rencontrez avec le même prétexte et le même alibi le deuxième manager…

Vous : Je fais une enquête sur le management des jeunes générations. Beaucoup de managers disent que c’est difficile. Surtout avec les jeunes diplômés qui ont un excellent bagage. Qu’en pensez-vous ?

Lui : Je ne vous le fais pas dire. Ils veulent tout, tout de suite. Moi je n’étais pas aussi exigeant. De mon temps, on ne la ramenait pas autant.

Vous : Quand vous dites « qu’il la ramène » vous pensez à quoi ?

Lui : A peine arrivé, ils veulent déjà savoir ce que sera la prochaine étape. Et puis ils mettent une sale ambiance dans l’équipe. Les autres se sentent perturbés. C’est bien d’être brillant et de vouloir tout casser, mais moi j’ai une équipe à gérer et je ne peux pas faire de différences.

Vous : Mais si ils sont brillants, ils peuvent peut être vous aider à réussir ?

Lui : Vous savez, plus ils sont brillants plus ils sont durs à manager. Là c’est vraiment dur. Manager des mauvais c’est plus simple. Avec eux on n’a pas de problème.

Vous : ???? Vous n’en croyez pas vos oreilles…

Lui : Quoi, ça vous étonne ? Qu’est-ce que vous voulez que je fasse avec un jeune qui à peine arrivé à déjà l’ambition de prendre ma place ?

Vous : Vous êtes certain qu’il raisonne comme cela ?

Lui : Vous, on voit bien que vous ne les connaissez pas… Tout le monde sait que les jeunes de la « Génération Y » sont impossibles à manager. Il y en a même un qui est venu me dire qu’il trouvait que l’ambiance de l’agence n’était pas top, et qu’il n’apprenait pas assez de choses… Moi, de mon temps, je n’aurais jamais osé.

Vous : Et qu’est-ce que vous lui avez répondu ?

Lui : vous allez rire… Je lui ai dis : Ici, ce n’est pas le Club Med ! On n’est pas là pour rigoler, on est là pour bosser. Point barre. Et si vous avez besoin d’être aimé, achetez vous un chien…Personnellement, j’en ai deux ! C’est drôle non ?

Vous : Merci beaucoup, je crois que j’ai compris

Lui : Qu’est-ce que vous avez compris ?

Vous : Je viens de comprendre le sens d’une expression qu’on entend de plus en plus et qui correspond bien à ce que pense mon fils

Lui : ??

Vous : « On choisit une entreprise, et on quitte un chef »

Finalement, là aussi vous êtes rassuré. C’est plutôt sain que votre fils ne souhaite pas rester plus longtemps avec un manager pareil. En partant, vous jetez un œil indiscret derrière son bureau. Un petit dessin encadré attire votre attention :

Dessin de François Bardier – Première édition de Démotiver à coup sûr.

Au delà de l’anecdote (j’ai vraiment entendu un manager me dire qu’il trouvait plus facile de manager des mauvais… ) il me semble vraiment important que les Dirigeants prennent conscience du rôle primordial des managers de proximité dans l’intégration et la réussite des nouveaux embauchés. A l’heure où les bons commerciaux se font rares, où les plus anciens partent à la retraite (la démographie impose à nombre d’entreprise un renouvellement profond de ses équipes) la fidélisation des meilleurs potentiels est une priorité. Les critères d’évaluation des managers de proximité devraient sans doute davantage en tenir compte.

 

Allez, bon business à tous, et souvenez vous de la phrase de Daniel Boulanger :

« Il ne suffit pas de dire aux gens : bonne chance! Il faut leur offrir »

Nicolas CARON

© Halifax Consulting

Formation management

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16 Commentaires

Le 26 mars 2009 à 20:00
Marie a dit :

Trop bien cet article merci beaucoup

Le 2 novembre 2009 à 14:32

« S’ils doivent partir un jour, je préfère autant qu’ils partent meilleurs qu’ils ne sont arrivés »
100% d’accord.

Un jour « un manager » m’a dit : mes collaborateurs ne travailleront pas jusqu’à la fin de leur carrière pour moi. Ce n’est plus d’époque. Une fois cette idée intégrée, comment puis-je tout de même en retirer un bénéfice ? En en faisant de bons ambassadeurs de ma société. Tous ces bons éléments servent son rayonnement.

Le 2 novembre 2009 à 15:36
JB a dit :

Excellent article, sur un thème on ne peut plus d’actualité. Rien que le lire donne envie de travailler pour le premier manager, c’est dire!

Le 27 novembre 2009 à 18:10
Jean-Louis Mondy a dit :

« Le bonheur ne suit pas la performance, il la précède ! »
Je l’affiche sur le champ derrière mon bureau, et… Je l’applique !
Merci

Le 24 décembre 2009 à 22:05
Nace a dit :

Excellent…

Le 19 mars 2010 à 17:16
Jean-François Plateau a dit :

J’approuve !

Et cette phrase pour laquelle je souhaite réagir:

« A l’heure où les bons commerciaux se font rares… »

Les bons commerciaux ne sont pas rares, loin de là, ils deviennent « indépendants », parce que les entreprises ne leurs donnent pas les moyens de rester que ce soit en terme de rémunération que d’évolution.
J’en suis un des exemples !
Mais ce serait trop long a expliquer…

Le 19 mars 2010 à 20:40

Merci Jean François pour ce commentaire
Une citation que vous connaissez sans doute et qui résume votre point de vue: If you gives peanuts, you get monkeys!

Le 26 avril 2010 à 16:16
Vente Expert a dit :

“Il ne suffit pas de dire aux gens : bonne chance! Il faut leur offrir”

Pour ma part, je pense que seul les perdants croient en la chance

Le 21 septembre 2010 à 12:14
régine a dit :

Article interessant qu’i faudrait adresser à beaucoup de monde! Il est rassurant de constater qu’on a par instinct été dans la bonne voie! Je l’avais constaté et j’ai souvent pensé que voir progréssé mon équipe était une récomprense non fiscalisé! mais c ‘est aussi vrai que j’aurais apprécié que ce soit dit et constaté par ma hierachie comme une qualité importante dans ma fonction de manager de proximité! alors que cela n’a été qu ‘une remarque qu’il ne voulait pas développer!Longtemps le management de mon équipe est ce qui m’a fait tenir dans la fonction à coté des autres « tâches » à faire, je ne sais même plus si ça va suffire!!

Le 18 octobre 2010 à 13:28

Article très intéressant, merci. 🙂

On aimerais en rencontrer plus souvent des managers qui pensent qu’il est de leur responsabilité de former la générations montante même si elle ne va pas forcément faire toute sa carrière au sein de la même entité.

Bonne continuation,
Pierre

Le 27 avril 2011 à 9:26

C’est peut être pour cela que beaucoup de juniors dans les entreprises n’ont pas d’envie et ne comprennent pas toute la chance qu’ils ont d’apporter toute leur contribution à la réussite de leur entreprise (pardon on dit souvent « leur boite »!)

Le 3 décembre 2011 à 18:15
tonnere ludovic a dit :

j’ai adoré

Le 2 février 2012 à 14:15

Merci pour cet article plein de: bon sens, d’images pertinentes et d’humour.
Des deux Managers, je préfère le premier évidemment, parce que rien n’est définitif et que les meilleurs vendeurs tirent vers le haut, deviennent souvent les meilleurs entrepreneurs, nos meilleurs ambassadeurs, et parfois nos futurs associés avec des menottes en or !
Un de mes Managers disait : Ici, il n’y a que les mauvais qui reste ???
Les bons sont solliciter par les confrères, tout comme si vous vouliez garder la jolie femme qui vous accompagne dans la vie, vous devrez rester séduisant, attentif, parfois vigilant !
Quant’à celui qui préfère manager les mauvais, ils obligent les bons : à se débrouiller, à chercher des réponses auprès des collègues voir auprès d’autres Managers, à improviser, finalement aussi au dépassement de soi. Cela fini par se remarquer auprès des boss qui soit vous changent de camp et vous mutent dans celui des bons soit vous perdent !!! L’autre côté positif de ce manager des mauvais est que sa place est facile à prendre :-)!
Amicalement
Fabrice

Le 30 mai 2012 à 11:46
OLIVIERI a dit :

On en vient à un point central : l’intérêt collectif. A l’instar du corporatisme et de l’égoïsme. Exploiter les talents, les aider à grandir quitte à ce qu’ils deviennent meilleurs que vous, est une qualité rare. Ils ne vous piqueront pas votre place, car peu de manager auront eu la clairvoyance d’agir de la sorte. Vos collaborateurs eux, vous remercieront toujours de les avoir aidés…il faut arrêter d’avoir sans cesse peur de transmettre son savoir, de donner de soi et d’investir sur les autres. Ne pas croire en l’autre reste à mon sens malgré tout un handicap.

Le 29 septembre 2014 à 11:04
Arslan a dit :

Je trouve l’article très bon.
A mon sens, chaque manager devrait faire preuve de bonne volonté et d’optimisme, c’est ce qui donne envie de se surpasser.
Merci Nicolas.

Le 31 mai 2016 à 16:49
DEBOUZY ARIANE a dit :

Bravo! belle analyse et quelle remise en question!

j’adopte « il ne suffit pas de dire aux gens: bonne chance! il faut leur offrir »
Merci de mettre des mots sur des mes maux.

Ariane

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